18.04.2013

Il était une fois... 1968 !

 Message dédié  à tous mes anciens étudiants de tous âges et de tous les pays !

Je ne désire nullement entrer dans une polémique, ce qui n'est pas du tout le but de ce blog , mais il me semble nécessaire de faire le point sur un comportement récurrent en France, le dénigrement systématique du "phénomène 1968" ! Depuis des années, c'est devenu à la mode d'accuser de tous les maux  "l'esprit de 1968" décrit comme le "diable" qui aurait fait dérailler une société "prospère, stable et morale" ! Comme si ce n'était pas suffisant, on montre du doigt la génération "baby-boom" ( dont je fais partie  ) et on en fait la principale responsable des maux de notre société actuelle, la considérant comme égoïste, ambitieuse, envahissante et ne laissant pas les jeunes générations prendre leur place dans notre "belle société mondialisée" !

D'où vient cette rancoeur, cette hargne contre un phénomène et une génération qui ont transformé ou aidé à transformer en profondeur et parfois radicalement une société bien trop auto-satisfaite et aveugle aux "dangers" qui se profilaient à l'horizon comme de gros nuages annonciateurs de tempêtes à venir...et Dieu sait si celles-ci sont bien présentes aujourd'hui dans notre monde "interneté", interconnecté et  interdépendant...?

Pourquoi ne pas vouloir comprendre que cette génération, à laquelle j'appartiens, a été le précurseur de tous les combats qui aujourd'hui sont considérés comme allant de soi et légitimes. Mais pour comprendre cela, il faut faire un petit voyage dans le temps ! Mai 1968 ! Paris en ébullition, Paris en fête pour des dizaines voire des centaines de milliers de jeunes et... de moins jeunes ! Mais pas seulement Paris, la France, un peu partout dans le monde, c'est le printemps de la jeunesse ! Certaines personnes ( elles sont nombreuses à l'époque ) ne comprennent pas ce qui se passe: que veut cette jeunesse ? Pourquoi s'insurge-t-elle contre une société somme toute prospère ( chacun aspire au confort et  peut désormais posséder une voiture, un frigidaire et une télé! ). Comment, dans ces conditions-là, ces jeunes qui n'ont pas connu les restrictions et les pénuries de la guerre,  peuvent-ils se comporter de manière si légère et si ingrate ? Pourquoi protestent-ils , que leur manque-t-il ? Et puis surtout, que veulent-ils exactement ?  Comme si l'essentiel était de posséder matériellement quelque chose !

Une partie de la jeunesse considérait que l'horizon "matérialiste" de ce qu'on appellera plus tard les Trente Glorieuses  était bien pauvre, limité, insuffisant, voire dangereux, car il plaçait  les gens dans un moule façonné par le système d'une "civilisation de consommation" qui se mettait déjà en place et qui allait se révéler très étouffant et contraignant en créant une humanité formatée, docile, soucieuse de son bien-être et de son confort mais insouciante et inconsciente des chaînes qui l'emprisonnaient ( souvent à son insu !). Bien sûr, 1968  eut ses excès et ses débordements ( comme tous les mouvements) , mais , pour l'essentiel, les idéaux exprimés à l'époque ( l'amour et pas la guerre, le refus de l'autorité aveugle, la contestation de valeurs morales et religieuses bien hypocrites, le rejet clair du matérialisme comme seul horizon de notre civilisation qui commençait à peine à se mondialiser, les premières prises de conscience concernant notre comportement  dévastateur à l'égard de la nature, lesquelles allaient se transformer plus tard en conscience écologique), les slogans ( "sous les pavés la plage" et "l'imagination au pouvoir") sont encore valables aujourd'hui et n'exprimaient rien d'autre qu'un immense désir d'air pur, un farouche besoin de rêve et d'utopie ( comme je le disais dans ma lettre 14  intitulée Je vous propose de rêver !) !

L'idéalisme à l'origine de ce mouvement est bel et bien encore nécessaire et d'actualité dans notre monde rongé par l'égoïsme et l'indifférence généralisés rendant apathique une grande partie de l'humanité et de la jeunesse d'aujourd'hui. Sans lui, sans ce souffle qui a animé de tous temps des millions de gens de par le monde, rien n'est possible. L'idéalisme est le moteur essentiel à un changement nécessaire et souhaité ouvertement ou en secret par une plus grande partie de l'humanité qu'on le croit. Il est comme la sève du monde. Si on coupe une branche à un arbre, les feuilles et le bois se dessèchent très vite. De la même façon, si on  se  coupe de notre idéal, si on ne l'alimente pas, nos actions et nos oeuvres se dessècheront vite et tous les efforts prodigués ici et là ne serviront plus à rien. N'oublions jamais cela, le souffle du renouveau ne peut venir que de notre volonté sans cesse renouvelée de mener jusqu'à son terme  l'énergie qui nous porte et qui s'exprime à travers nous tous, quel que soit notre âge.

Ce grand vent cosmique qui a soufflé en 1968 ( et en d'autres temps !) et qui s'est surtout exprimé à travers les jeunes de cette époque-là n'appartient à personne en particulier ni à une génération spécifique.Il devait se manifester à cette époque-là, tout comme l'esprit "New Age"  souffle  depuis bientôt un quart de siècle sur le monde , prenant ainsi le relais d'un "certain mois de mai". Quand je dis que ce vent n'appartient à aucune génération en particulier, je veux dire par là qu'avant 1968 nos parents ont eux aussi aspiré et travaillé à un autre monde plus beau, plus juste, plus pacifique. Leur fait-on le reproche aujourd'hui de n'avoir pas réussi ? Ce serait malvenu et ne rien comprendre à ce qui pour moi constitue un travail transgénérationnel, comme une course de  relais en athlétisme, c'est-à-dire une transmission d'idéal d'une génération à une autre.

C'est pourquoi, j'ajouterai que les enfants de1968 ( ceux qui ont la quarantaine aujourd'hui) sont la continuation logique de cet esprit qui aspire à changer le monde. Ces "jeunes-là"  ont une qualité essentielle à mes yeux ( qualité qu'il était difficile de développer en 1968 car la contestation était balbutiante), celle d'être pragmatiques, concrets, précis, celle d'ancrer dans "la matière du monde" les changements qui doivent faire émerger un  monde nouveau et  un homme nouveau. Et ce n'est pas fini, car j'ai l'intime conviction que les adultes de demain, les nourrissons de maintenant, complèteront le travail des jeunes d'aujourd'hui et qu'ils parachèveront ce qui a déjà été accompli, allant bien au-delà de nos espérances actuelles. Ils nous étonneront probablement par leur audace et leur détermination .

Ainsi, tout sera bien et 1968 n'aura pas eu lieu pour rien . Il me semble inutile et stérile de dresser les générations les unes contre les autres: nos parents ont-ils fait mieux ou moins bien que nous ?  Quelle importance ? Eux aussi ont eu leurs rêves et leurs attentes ...tout comme nous et nos enfants et tout comme les enfants de nos enfants. Ce qui est essentiel c'est que vive encore et encore l'esprit de 1968, parce qu'il est l'un des nombreux visages de la formidable vague d'énergie qui transforme le monde, notre monde, pour son plus grand bien.

Je vous laisse, à présent, en compagnie du plus "jeune" des troubadours contestataires, Pete Seeger, pour une ballade bien émouvante.

Inter et trans-générationnellement vôtre!

                                                           

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