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16.05.2012

Emergence de l’homme nouveau (suite et fin)


  

"Le XXI ème siècle sera le siècle de l’intériorité ou ne sera pas !"


Aujourd’hui, y a-t-il de nouveaux territoires à explorer, de nouveaux horizons à découvrir ? Le moindre recoin de notre planète est désormais cartographié. Où que l’homme aille, il retrouve ses propres  pollutions, ses pochettes en plastique de supermarché avec lesquels il fait ses achats de consommateur assidu et blasé. Ses déchets le suivent comme son ombre, la partie sombre de lui-même dont il n’arrive pas à se débarasser... Pauvre humanité qui n’a plus rien à espérer que la monotonie de son existence réglée par les diktats d’un système de société banalisant tout y compris les plaisirs et les loisirs. Société qui va même jusqu’à nous imposer ce que nous devons penser et ce à quoi nous devons croire...

Certes, ces nouveaux territoires existent, mais pas où on les cherche de manière compulsive et maladive. Les nouveaux territoires sont intérieurs. Ainsi, pour reprendre une formule célèbre, le XXI ème siècle sera le siècle de l’intériorité ou ne sera pas !

Selon les dires des spécialistes de la recherche spatiale, nous ne sommes pas encore en mesure d’explorer les espaces interplanétaires, a fortiori interstellaires.C’est une bonne chose, car ça nous laisse le temps de nous pencher sur nous-mêmes et d’explorer nos espaces intérieurs, que des sagesses anciennes ont déjà commencé à défricher. Acquérons tous un peu de sagesse avant d’aller voir ailleurs ce qui s’y passe et afin de ne pas continuer à  “polluer” l’espace extra-planétaire ...qui l’est malheureusement déjà avec nos satellites rouillés et usés !Les explorateurs de l’intériorité ne doivent plus être seulement quelques courageux pionniers ( chercheurs individuels et anonymes, nonnes, moines, yogis, ascètes, penseurs, poètes, artistes, sages de tous temps et de toutes cultures...) mais nous tous en tant qu’individus responsables d’eux-mêmes, afin d’acquérir un minimum de “maîtrise” de nous-mêmes, ce qui ne pourra que rejaillir de manière positive sur l’humanité toute entière et aider à l’émergence de ce monde nouveau auquel nous aspirons tant!

Redécouvrons l’homme, l’individu, que le XXème siècle  a abandonné sur l’autel de la collectivité, laquelle n’était qu’un concept, une illusion pour éviter de prendre les vrais problèmes à bras-le-corps. Si l’homme ne se change pas lui-même, quelle prétention a-t-il de vouloir changer le monde ? Ne cherchons pas à changer les autres et notre environnement avant d’explorer qui/ce que nous sommes . Qui sommes-nous, que sommes-nous, de quoi sommes-nous  faits ? Sommes-nous un agrégat d’éléments qui n’ont rien de particulier ou de propre en soi, comme le pensent les Bouddhistes, ou bien y a-t-il une identité propre à chacun d’entre nous ? C’est la grande question de ce XXIème siècle pour tous les individus, et il nous faut l’approfondir, l’explorer à défaut de trouver une réponse nette et définitive !

Sommes-nous des “monades”, pour reprendre l’expression de Leibniz, ou bien seulement le produit ( hasardeux ?) de certaines conditions biologiques ( notre patrimoine génétique ) et sociales/terrestres ( notre monde et notre culture environnants ) ? Ce qui est intéressant à constater, c’est que si on lit/écoute attentivement ce que nous disent les Bouddhistes, nous comprenons alors qu’ il nous faut découvrir quelque chose au-delà de toutes nos illusions, fantasmes ou masques, derrière toutes nos constructions mentales, que cela ne peut pas être clairement défini ni identifié en termes humainement compréhensibles mais que cela existe bel et bien ! Et c’est même cela qui constitue notre véritable réalité, “identité”. En bref, sommes-nous une partie de l’Energie Universelle qui s’est cristallisée ( incarnée )  dans un espace limité ( un corps ) et un temps défini ( un nom, une identité ) et qui a pour tâche de redécouvrir sa véritable origine et peut-être sa véritable généalogie à travers ses multiples pérégrinations dans les diverses  dimensions/réalités du Cosmos? En d’autres termes, sommes-nous des “monades nomades” ? ( Pardonnez-moi cette contrepèterie ! )

Quoi qu’il en soit, la réponse à cette question ne peut pas se trouver à l’extérieur de nous
( religions, cultes et croyances imposés toujours et encore aux hommes de tous temps et en tous lieux ) mais en nous par une recherche obstinée et permanente. Il nous faut tout effacer, tout oublier de ce qui nous a été imposé et refaire le même chemin qu’un certain Siddharta, fils de roi, né en Inde quelques siècles avant l’ère dite chrétienne, qui a tout rejeté pour effectuer une quête personnelle, que personne d’autre ne pouvait faire à sa place, quelqu’un qui a écouté et suivi les meilleurs ascètes et sages de l’époque, un homme qui ne s’est pas contenté des réponses qu’il obtenait auprès d’eux, quelqu’un qui a combattu jusqu’au bout, jusqu’à la victoire finale sur les mirages et illusions de toutes sortes ( Mara ou Satan ) et qui s’est éveillé un beau jour en disant: “Ça y est, j’ai compris qui je suis, ce que je suis, ce qu’est l’être humain et ce qu’il fait sur Terre!...Mon devoir désormais est d’en faire profiter mes semblables !”

Mais, en même temps qu’il se faisait ce serment à lui-même, il a toujours dit et répété inlassablement : “Ne vous contentez pas de mes paroles! Certes, mon expérience constitue un espoir pour mes semblables, mais c’est à vous, à chacun d’entre vous de faire l’expérience par lui-même. Et si jamais un jour vous rencontrez le Bouddha sur votre chemin, tuez-le !” Bien entendu, il utilisait le verbe “tuer” comme le font les psychanalystes lorsqu’ils évoquent “le meurtre du père” ! Ainsi, vous comprenez bien ce qui vous/nous incombe. Ce qu’a effectué le Bouddha, tout le monde, chaque individu, a la possibilité de le réaliser, à condition de le vouloir réellement, profondément et absolument, de ne vouloir que cela et rien d’autre que cela !


 Par les temps qui courent, seul un “retrait en soi”, un léger pas de côté, peut nous libérer de l’agitation et la confusion actuelles ambiantes, ceci afin d’accéder à l’éveil véritable, c’est-à-dire à la vraie liberté, à la souveraineté totale !


20.04.2012

 "Parti, parti, parti vers l’autre rive, débarqué sur l’autre rive ..."


Gate, gate, paragate, parasamgate, bodhi, svâhâ!”, c’est-à-dire  “Parti, parti, parti vers l’autre rive, débarqué sur l’autre rive, ô Eveil,  il en est ainsi !” !  Ce mantra,  rédigé en sanskrit , clôture le plus court sûtra  (texte ) de la foisonnante  “littérature” Prajnâ-Pâramitâ du Grand Véhicule bouddhique. Ce  texte qu’on nomme si bien Prajnâ-Pâramitâ-Hrdaya-Sûtra, c’est-à-dire le Coeur de la Vertu de Sagesse” et dont j’ai proposé une traduction en français il y a près de 40 ans ...concerne ce qui devrait être l’objectif principal des êtres humains pour les Bouddhistes, à savoir l’Eveil total !

En 1974, Patrick Kauffmann, le Directeur de la publication de la  modeste revue La Pensée bouddhique  me demandait de rédiger un article pour le numéro 4 . Quelle fierté et quelle excitation pour le jeune étudiant en Philosophie bouddhique que j’étais à l’époque : écrire aux côtés du Maître Zen Deshimaru! Je lui proposai donc de “revisiter” un petit texte, dont
j’ai découvert quelques  années plus tard qu’il représentait pour les adeptes du Grand Véhicule ce qu’est le “Pater Noster” ou l’ “Ave Maria” pour les  catholiques!...

C’était il y a 38 ans ! Pourquoi  parler aujourd’hui de ce mantra qui ne peut intéresser que quelques passionnés de sagesse bouddhique ?  Parce que ce que j’ai vécu il y a dix jours me montre que rien dans la vie n’est inutile, tout a un sens et une fonction précis, tout est approprié ! Le 9 avril 2012, mon beau-père Zeki Bey, un homme remarquablement bon et juste, s’est éteint, comme le fait une bougie lorsque la cire s’est consumée. Une espèce d’êtres humains en voie de disparition, dans tous les sens du terme, puisqu’il appartenait à la "tribu" caucasienne des Ubuh, un des derniers survivants de la tragique déportation ( on parle même de génocide ! ) des Circassiens au XIXème siècle. Vivre la mort en direct, la voir en face , est un grand privilège, même si l’événement est fortement éprouvant .

Quel lien avec ce mantra? Jeune, quand j’étudiais la philosophie bouddhique, j’étais très fier, parce que j’avais l’impression d’être quelqu’un de “différent” à qui est révélée une connaissance ardue et hermétique. J’avais une approche essentiellement intellectuelle, mentale ! Aujourd’hui, avec le recul de l’âge, cette approche me semble prétentieuse et je préfère vivre tout ce que j’ai étudié pendant tant d’années !

J’ai vu mon beau-père quitter notre monde, cette rive-ci, sur laquelle nous, les êtres encore vivants et incarnés, nous nous trouvons... pour rejoindre l’autre rive, celle que nous ne pouvons connaître vraiment , celle que nous ne pouvons qu’imaginer si nous avons foi en un au-delà !

Et j’ai compris quelque chose de fondamental: pour pouvoir “vaincre la mort”, il nous faut cesser de la craindre...et la seule voie possible est celle du détachement. Se détacher de tout !
Le plus fort des attachements est constitué non pas par les possessions matérielles mais par les liens affectifs et mentaux. Car, être détaché de tout, même et y compris de nos “croyances” et opinions, est la voie de la liberté totale. En somme, il nous faut “mourir” avant la mort; pour cela, il nous suffit de la prendre “de vitesse”. Ainsi, quand viendra le moment de notre mort, nous serons parfaitement sereins et détachés. Cela ne peut se faire que par une pratique de déconditionnement progressif de tous nos attachements.

Avec cet événement, j’ai , en effet, compris que la mort doit être une sorte d’illumination, l’éveil à une autre réalité !

Vivre la mort d’un être cher et proche m’a rapproché davantage de la sagesse bouddhique, qui a  une vision profondément juste et “réaliste” de cet événement, vision dont nos sociétés modernes déconnectées de la Nature nous ont éloignés. Certes, les Bouddistes, par l’intermédiaire des Tibétains, sont des “spécialistes” dans ce domaine, puisqu’à la suite des Egyptiens, ils nous ont proposé leur fameux Bardo Thödol  ( Le livre des morts tibétain ),
“revisité”  en 1993 par Sogyal Rinpoché dans son ouvrage intitulé Le livre tibétain de la vie et de la mort  ( Editions de la Table Ronde ).

Je ne tiens pas à reprendre ici les “poncifs” de la Philosophie  classique concernant  le thème de la mort, je conseillerais plutôt de l’aborder avec un autre regard, moins conventionnel et peut-être tout aussi instructif, celui que nous proposent des médecins occidentaux contemporains, comme l’américain Dr Moody dans son célèbre livre La vie après la vie
( Ed. Laffont ) ou bien le Dr Elisabeth Kübler-Ross en Suisse , ou encore l’infirmière Maguy Lebrun en France. Enfin, pour ceux que la littérature de “canalisation” appelée New Age           ne rebute pas, je leur conseille de lire le passionnant ouvrage de Neale Donald  Walsch
intitulé Retour à Dieu, une vie sans fin ( Editions Ariane,2006, Canada). Ils y touveront
peut-être ce que nous cherchons tous sans l’avouer : un réconfort !

Güle güle, Zeki Bey, görüşmek uzere !  Au-revoir, Monsieur Zeki et à bientôt !